[En bref] La perception du temps qui passe

Le temps s’inscrit, sans arrêt, dans notre environnement, avec des échelles très amples, millisecondes,… jours, … années, … siècles … La notion de temps a été et continue d’être abordée de nombreuses façons, par les mathématiciens, les physiciens, les cosmologistes, les neuroscientifiques, les historiens, … Nous avons facilement à l’esprit l’image de la flèche du temps, rectiligne, du passé au futur en passant par le présent. Mais notre notion du temps n’est pas continue.

Nous avons une notion subjective qui temps qui passe. Dans la vie de tous les jours, nous estimons en permanence et automatiquement des durées, et tout particulièrement des intervalles de temps courts, pour ajuster notre comportement.  Nous devons également faire un apprentissage du temps (l’enfant doit apprendre à se situer dans une journée, à lire une montre ou à se repérer sur un calendrier). Et depuis fort longtemps, nous avons inventé des outils pour avoir une mesure objective du temps qui passe, calendriers, horloges, etc.

Notre cerveau estime avec précision des intervalles de temps courts

Nous jugeons avec précision les durées courtes, celles qui sont de l’ordre de quelques millisecondes. Dans cet ordre de grandeur, nous savons reproduire précisément la durée d’un stimulus sonore, discriminer deux sons de durées différentes. Même le nourrisson peut distinguer une différence de 100 millisecondes entre deux phénomènes.

Cette perception précise des temps courts est nécessaire pour réagir de façon adaptée à l’environnement, dans de très nombreuses situations de la vie quotidienne. Ai-je le temps de traverser la rue si je vois arriver une voiture ? Les musiciens et les sportifs sont des experts de cette perception des temps courts. De nombreuses expériences en laboratoire se donnent pour but de la préciser, de mieux la définir.

Notre cerveau traite le temps, il possède une « horloge interne » qui met en jeu des réseaux neuronaux complexes. Cette « horloge interne » existe chez beaucoup d’animaux et elle est fonctionnelle dès le plus jeune âge.

La peur, de façon exemplaire, a un effet direct sur notre horloge interne, et ce dès l’enfance. Notre horloge interne accélère pour nous préparer à agir vite face à un danger, et le temps extérieur (qui ne change pas) nous semble passer plus lentement.

Les systèmes sensoriels de la vision et de l’audition sont fréquemment impliqués dans notre perception des durées courtes. Soulignons néanmoins que le temps n’est pas un stimulus comparable aux phénomènes physiques du son et de la lumière, ou chimiques du goût et de l’odorat, et par ailleurs qu’il n’existe pas d’organe sensoriel récepteur du temps.

Nous avons conscience que le temps passe

Psychologiquement parlant, nous avons la conscience du temps qui passe, et nous avons tous éprouvé que notre jugement sur le temps qui passe est subjectif. Parfois, le temps nous semble interminable, parfois il nous parait très bref.

L’impression consciente du temps qui s’écoule varie selon l’âge, selon l’humeur, les émotions, la mémoire, l’attente, les activités, et d’un individu à l’autre.

L’attention est également un facteur influant. Quand on donne des contraintes de temps pour réaliser une activité, le risque d’erreurs augmente, car une partie de l’attention est détournée de l’exercice pour la gestion du temps ; à l’inverse, le temps semble passer plus vite si l’on est pris par une activité exigeant d’être très attentif.

Notre ressenti vis à vis du temps qui passe n’est pas lié du tout aux estimations des intervalles de temps brefs, il dépend d’autres mécanismes.

Robert Delaunay: Rythme, Joie de vivre. Musée d’art moderne, Centre Georges Pompidou

Une autre facette du temps : notre horloge biologique

Notre organisme a son propre tempo, rythme veille/sommeil ou rythme de la pression artérielle ou de la température, rythme de la prise d’aliments, etc. Ce tempo persiste même si on supprime expérimentalement les variations jour/nuit.

Chacun de nos organes a son horloge. Pour harmoniser ce système d’horloges imprimant une rythmicité à chacune de nos fonctions (y compris les fonctions cognitives), il faut un chef d’orchestre. Ce rôle est tenu par une horloge biologique centrale, qui synchronise toutes les horloges périphériques et qui, de cette façon, contrôle plusieurs fonctions vitales de notre organisme.

Notre horloge biologique interne est située dans les profondeurs du cerveau, au niveau de l’hypothalamus (dans les deux noyaux suprachiasmatiques). Elle fonctionne par cycle de 24 heures environ : c’est ce qu’on appelle le rythme circadien.

Les rouages de notre horloge biologique sont régulés par une combinaison d’informations internes (métaboliques par exemple) mais aussi et surtout extérieures : parmi celles-ci, la lumière joue un rôle majeur pour synchroniser notre horloge biologique.

L’horloge biologique centrale agit sur une petite glande, la glande pinéale, située dans le cerveau (épithalamus). La glande pinéale fabrique et sécrète la mélatonine, à la tombée du jour. La mélatonine, ou hormone de la nuit, nous fait différencier la phase diurne de la phase nocturne des 24 heures, et elle contribue à nous donner le signal du sommeil. S’exposer le soir à la lumière électrique (ampoules à incandescence « classiques », mais plus encore ampoules LED et lumières bleues des écrans) retarde la sécrétion de mélatonine, et donc l’arrivée du sommeil…

Des facteurs environnementaux agissent sur notre horloge biologique

Premier facteur environnemental : la rotation de la Terre qui régit l’alternance jour/nuit.

Un deuxième facteur est l’environnement social : horaires de travail, horaires des établissements scolaires, horaires des activités sportives ou de divertissements, horaires différents entre les jours ouvrés et les weekends. Notre vie en société nous dicte une « horloge sociale » qui ne tient pas souvent compte, ni de l’alternance jour/nuit, ni de notre horloge biologique ; les conséquences sur notre sommeil, notre bien-être et notre santé sont loin d’être négligeables. 


Références

Sur le web, en vidéo :

La perception du temps par le cerveau – Sylvie Droit-Volet 2019 1h55

La chronobiologie – Claude Gronfier 2019 11 minutes

Le temps est-il une illusion ? Marc Lachièze-Rey, Étienne Klein, Roland Lehoucq 2017 1 heure

Jetlag social and its consequences – Till Roenneberg 2012

Sur le web, à lire :

L’ère des temps psychologiques – Sylvie Droit-Volet (2019). Dans: Actes du colloque interdisciplinaire l’Ere du Temps 2019 Journal of interdisciplinary methodologies and issues of science

INSERM Dossier Chronobiologie – Les 24 heures chrono de l’organisme 2018

Le jeune enfant ne doit pas subir le temps qui passe – Sylvie Droit-Volet 2017

Sur vos étagères :

Adrien, Joëlle., Royant-Parola, Sylvie. (2013), Les mécanismes du sommeil, Éd. Le Pommier

Klein, Etienne. (2013), Le temps (qui passe ?), Éd. Bayard

Siffre Michel. (1963) Hors du temps. L’expérience du 16 juillet 1962 au fond du gouffre de Scarasson par celui qui l’a vécue, Éd. Julliard


Brève rédigée par Anne Bernard-Delorme, mai 2020

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